Sally Abed sur le nouveau parti “La place pour tous”.

English below

Anat Kam dit dans Haaretz : « Aujourd’hui, je n’ai plus de foyer politique. Sally Abed : “Une place pour nous tous” est la réponse à cela. » – Haaretz

Sally Abed, membre du conseil municipal de Haïfa et candidate aux élections au sein du nouveau parti judéo-arabe « Une place pour nous tous — لكلنا مكان »

Je comprends une partie des inquiétudes qu’Anat Kam a exprimées dans son article ce matin. Les prochaines élections seront décisives, et nous, dans le camp qui cherche à remplacer le gouvernement, aurons besoin de chaque voix que nous pourrons mobiliser. Remplacer le gouvernement est la tâche la plus urgente qui nous attend, et nous y sommes pleinement engagés. Mais nous ne voulons pas seulement remplacer ce gouvernement ; nous voulons aussi remplacer sa manière de gouverner.

Je viens de la société palestinienne en Israël : une société blessée et meurtrie, que le gouvernement actuel s’efforce de démanteler et d’affaiblir. Cette société représente un cinquième des citoyens du pays et souffre de sous-financement, de sous-représentation et de manifestations de racisme répugnantes provenant de presque tout l’éventail politique. C’est une société dont le ministre chargé de sa sécurité laisse, par politique délibérée, la criminalité et la violence prospérer, allant jusqu’à affirmer qu’il s’agit de sa « culture ». Une société dont les représentants élus sont désignés comme des ennemis par presque tous les responsables politiques du pays.

Malgré ces défis, aucune nouvelle formation politique n’a vu le jour au sein de la société palestinienne en Israël au cours des trente dernières années. Une personne qui a voté pour la première fois à 18 ans il y a trente ans se retrouve aujourd’hui, à 48 ans, face aux mêmes options politiques. C’est une situation inconcevable : en 2026, les citoyens arabes d’Israël se voient proposer les mêmes choix qu’en 1996.

Durant ces trente années, de nombreux nouveaux partis juifs ont été créés et se sont présentés aux élections. Or, un système politique dans lequel aucun nouvel acteur n’entre finit par devenir un club fermé et sclérosé. Les nouveaux partis sont le moyen d’apporter de nouvelles idées, de nouveaux visages et de nouvelles orientations pour façonner notre société.

Certains affirment que la solution n’est pas de créer un nouveau parti, mais de participer aux primaires des partis existants. Cette idée est déconnectée du sentiment que nous éprouvons, en tant que citoyens arabes, vis-à-vis des partis juifs, ainsi que de la manière dont les partis arabes gèrent leurs propres affaires internes.

Pourquoi voudrais-je, en tant que citoyenne arabe d’Israël, me présenter aux primaires du parti des Démocrates ? Il s’agit clairement d’un parti dont les véritables propriétaires sont des Juifs ; les Arabes y sont invités comme hôtes, mais seulement à condition de renoncer à leur identité nationale.

Je refuse d’être un simple alibi. Ceux qui essaient de me convaincre que ma place politique est dans un parti où, du seul fait que je suis arabe, un plafond de verre limite ma capacité à diriger et à influencer, me méprisent et m’humilient. Sans même parler de la ligne politique que défend ce parti, notamment son soutien à la guerre menée par Benjamin Netanyahou contre l’Iran.

Peut-être devrais-je alors participer aux primaires de Hadash ? C’est difficile, car je ne suis pas un homme de soixante ans. Le mécanisme du parti, qui compose la liste électorale, ne me donnerait donc aucune chance réaliste d’être élue. Nous, les jeunes femmes arabes, sommes exclues du cercle fermé de la politique. Il n’existe pas un seul parti sur la scène politique israélienne qui nous considère comme des partenaires à égalité, capables d’exercer un leadership et d’assumer des responsabilités.

C’est précisément ce que veut changer le parti « Une place pour nous tous » : montrer aux jeunes femmes et aux jeunes hommes arabes que, même si le système politique cherche à nous décourager, nous pouvons et devons relever la tête et réclamer notre place autour de la table. Non pas boycotter la politique, mais retrousser nos manches et agir sur elle ; augmenter la participation électorale au sein de la société arabe et provoquer un véritable changement.

Nous avons créé ce parti pour introduire de nouvelles idées dans le débat politique israélien et pour amener de nouveaux électeurs aux urnes. Pour mobiliser celles et ceux qui, si nous ne les appelons pas à participer, resteront simplement chez eux. Les sondages sont préoccupants : seulement 40 % des femmes arabes prévoient de voter aux prochaines élections, et seulement un quart des jeunes Arabes âgés de 18 à 24 ans comptent voter. Un parti judéo-arabe fondé sur l’égalité, dirigé conjointement par des femmes et des hommes et offrant une place aux jeunes générations, contribuera au contraire à renforcer le camp opposé à Netanyahou.

La société arabe veut remplacer le gouvernement. Non pas pour revenir à la période précédant la réforme judiciaire ou l’ère Netanyahou, mais pour commencer à s’attaquer aux grands problèmes auxquels nous sommes confrontés. Pour cesser de vivre dans la peur permanente des fusillades et du racket. Pour que nos enfants puissent à nouveau jouer dans les rues et que les entreprises cessent de s’effondrer.

Nous voulons remplacer ce gouvernement afin de construire un avenir fondé sur la vie, et non sur la simple survie. Nous avons une vision et une voie à suivre, et nous n’avons aucune intention d’y renoncer.


English – Haarezt in Hebrew

Anat Kam says in Haaretz: “Today, I no longer have a political home. Sally Abed responds: ‘A Place for All of Us’ is the answer to that.”

Sally Abed, Haifa City Council member and candidate in the new Arab-Jewish party “A Place for All of Us — لكلنا مكان”

I understand some of the concerns that Anat Kam expressed in her article this morning. The upcoming election is a crucial one, and those of us working to replace the government will need every vote we can mobilize. Replacing the government is the most urgent task before us, and we are committed to it. But we do not want only to replace the government; we want to replace its way of governing.

I come from the Palestinian community in Israel—a community that is hurting and bleeding, and that the current government is doing everything it can to weaken and dismantle. This community makes up one-fifth of the country’s citizens and suffers from underfunding, underrepresentation, and deeply troubling displays of racism from across almost the entire political spectrum. It is a community whose security minister allows crime and violence to run rampant as a matter of policy and even dares to describe it as part of its “culture.” It is a community whose elected representatives are labeled enemies by nearly every politician in the country.

Despite all these challenges, no new political party has been established within the Palestinian community in Israel in the last thirty years. Someone who voted for the first time at age eighteen thirty years ago faces essentially the same political options today at age forty-eight. This is an astonishing situation: in 2026, Arab citizens of Israel are being offered the same choices they were offered in 1996.

During those thirty years, many new Jewish political parties were created and presented themselves to voters. A political system that does not allow new actors to enter eventually becomes a closed and stagnant club. New parties are a way to bring new ideas, new faces, and new directions that can shape our society.

Some argue that the answer is not to create a new party but to compete in the primaries of existing parties. That argument is disconnected from how we, as Arab citizens, feel about Jewish parties, as well as from the way Arab parties manage their own internal affairs.

Why would I, as an Arab citizen of Israel, want to run in the Democratic Party primaries? It is a party where it is clear that Jews are the ones who truly hold power, while Arabs are welcome only as guests—and only if they leave their national identity at the door.

I refuse to be a token figure. Anyone who tries to convince me that my political home should be in a party where, simply because I am Arab, there is a ceiling on my ability to lead and influence is showing me disrespect and diminishing my worth. And that is before even discussing the political positions promoted by the Democrats, including their support for Benjamin Netanyahu’s war against Iran.

Perhaps I should run in Hadash’s primaries instead? That is difficult, because I am not a sixty-year-old man. Therefore, the party apparatus—which determines the electoral list—would not place me in a realistic position. We, young Arab women, are locked out of the closed club of politics. There is not a single party on Israel’s political map that truly sees us as equal partners and potential leaders.

That is exactly what “A Place for All of Us” seeks to change: to show young Arab women and men that even though the political system tries to discourage us, we can and should hold our heads high and demand a seat at the table. Not to boycott politics, but to roll up our sleeves and influence it; to increase voter turnout among Arab citizens of Israel and bring about real change.

We founded this party to bring new ideas into Israel’s political discourse and to bring new voters to the ballot box. To reach those who, if no one calls on them to participate, will simply stay home. The polling numbers are worrying: only 40% of Arab women plan to vote in the upcoming election, and only a quarter of Arab youth aged 18 to 24 intend to vote. An equal Arab-Jewish party, jointly led by women and men and open to younger generations, would help strengthen the bloc opposed to Netanyahu.

Arab society wants to replace the government—not in order to return to the period before the judicial overhaul or before Netanyahu, but to begin addressing the major problems we face. To stop living in constant fear of shootings and extortion. To allow our children to play in the streets again and to prevent businesses from collapsing.

We want to replace this government in order to build a future based on life rather than mere survival. We have a vision, and we have a path forward, and we do not intend to compromise on either.